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Les différentes économies écotopistes

Par Fluke Kelso

Président de la République

 

 

Introduction.

 

La pensée économique, à ses débuts, s’inscrivait dans un contexte où l’épuisement des ressources naturelles était absolument inenvisageable : aussi, la protection du cadre naturel n’était pas un objectif imaginable, sa perpétuation étant considérée comme un acquis. Il n’est plus possible de considérer l’évolution de la vie économique et de ses interactions avec la Nature sous cet angle, et pour une raison très simple : l’activité humaine, essentiellement sous sa forme industrielle, a atteint un degré quantitatif lui ayant donné la possibilité d’épuiser les ressources du capital qu’il exploite, à savoir la planète.

 

La pensée économique a intégré cette modification fondamentale en cours de route : il est ainsi frappant de constater qu’alors que les théories originelles n’abordent pas la question écologique, les théories plus récentes, elles, en traitent de plus en plus, preuve supplémentaire qu’il est fort périlleux d’étudier telle ou telle pensée économique en la sortant de son contexte.

 

I. Première approche : l’environnement comme décor neutre.

 

La nature ne concerne pas le capitalisme des débuts. Le facteur essentiel et prépondérant de la création de richesses est la division du travail, le contexte de l’époque rendant difficilement envisageable que la Nature, un jour, ne fournisse plus suffisamment de produits. Les richesses naturelles sont inépuisables, précisément parce que si elles ne l’étaient pas, alors elles auraient un prix. Cette optique conduit à considérer que la science économique n’est pas concernée par la nature.

 

Par ailleurs, de nombreux économistes du capitalisme des débuts théorisèrent un état stationnaire, auquel l’accumulation du capital et des richesses s’arrête : pour l’un, parce que la population croît plus vite que la production, d’où un arrêt de l’accumulation parce qu’il y a trop de bouches à nourrir ; pour l’autre, en raison de rendements décroissants systématiques ; pour un troisième, en raison de l’avènement à terme de la société collectiviste.

 

Or, si l’état stationnaire est prévu à terme, alors la question de l’arrivée vers un stade de développement auquel les ressources naturelles s’épuisent ne se pose pas, puisque le processus d’accumulation s’interrompt. De fait, les penseurs du capitalisme des débuts pensaient à bon droit ne pas avoir à s’interroger sur cette question.

 

II. Deuxième approche: l'environnement pris en compte, et le clivage entre taxation et privatisation.

 

Des travaux précurseurs ont étudié les aspects quantitatif et qualitatif de la question environnementale. Un économiste orionais calcula au milieu du XIXème siècle qu’avec un taux de croissance de 3.5% par an, les réserves de charbon de son pays seraient épuisées vers 1970 ; un confrère krasslandais établit en 1931 qu’en situation de concurrence, l’épuisement de l’exploitation d’une entreprise minière était inévitable, à moins que l’augmentation du prix de vente soit égale au taux d’intérêt réel.

 

Ces deux exemples montrent clairement un intérêt de la science économique à l’aspect quantitatif, donc à terme à l’aspect environnemental. En outre, un économiste pryan, à la fin du XIXème siècle, établit qu’un apiculteur et un arboriculteur produisaient des externalités positives l’un sur l’autre, cette apparition de la notion d’effets externes devant par la suite amener la notion des effets externes négatifs, à savoir les effets de l’action économique d’un agent donné entraînant des coûts pour des victimes, coûts non répercutés sur le marché.

 

Cette notion nouvelle fut capitale, car elle posa la question de l’intégration de ces coûts aux jeux du marché. Vient alors l’affrontement entre deux écoles de pensée pour régler ce problème des ressources naturelles : celle de la taxation, et celle de la privatisation.

 

La première option possible est que soit instauré un système de taxation qui compenserait le dommage causé par un pollueur, concrètement, par une indemnisation versée aux victimes de la dite pollution. C’est, bien avant la fortune connue par ce terme à la fin du XXème siècle, le " principe pollueur payeur. " L’idée centrale est que certains services rendus ne sont pas compensés par le bénéficiaire, par exemple les dépenses en reboisement, et que certains investissements à utilité collective ne sont pas compensés pour l’investisseur, par exemple la protection contre les fumées des cheminées d’usine. Réciproquement, le produit privé peut nuire au produit social, c’est-à-dire public. Les bénéficiaires et victimes de ces externalités étant situés en dehors de l’échange, l’option de la taxation préconise la mission redistributive de l’Etat.

 

Dans une optique de retour au marché, l’option de la privatisation, elle, propose que les négociations s’effectuent librement entre pollueurs et victimes. A partir du moment où les biens d’environnement seront mis sur le marché, l’optimum économique issu de la libre confrontation des rationalités individuelles est applicable à l’optimum écologique. Cette théorie pratique l’internalisation, c’est-à-dire l’inclusion de la dimension écologique directement dans le fonctionnement du marché, et conformément à la logique économique classique.

 

 

Conclusion.

 

Les biens d’environnement sont caractérisés par une offre fixe et une demande croissante, la possibilité de les dégrader ou de les détruire, leur statut de biens communs, leur absence de prix, le fait que leur transformation ait un coût, et par leur production ou reproduction hors de l’intervention humaine. Leur valeur, elle, est liée au souhait de préservation, à l’incertitude quant aux besoins futurs, à l’idée d’héritage légué à la postérité et à la valeur propre de leur existence.

 

Ces biens ayant donc des caractéristiques et une valeur déterminées, il est possible de les intégrer à la science économique. Leur évaluation monétaire posant toutefois de sérieux problèmes quant à la méthode employée, quant aux incertitudes de quantification, et quant à la redéfinition complète des méthodes traditionnelles de calcul macroéconomique impliquées, la méthode de l’inventaire du patrimoine naturel à échelle nationale reste la plus efficace.

 

L’idée de développement durable, réponse à la sensibilité écologique émergente, refuse cette quantification monétaire : elle préfère les procédures, les réglementations et les principes de comportement à la libre détermination des agents économiques concernés.

 

L’analyse économique, de façon générale, a négligé la question environnementale jusqu’aux deux derniers siècles, pendant lesquels la prise de conscience d’externalités négatives sous forme qualitative et quantitative a amené deux approches, l’une d’inspiration étatique et l’autre d’inspiration libérale.

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