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Science et économie écotopiste

 

par Fluke Kelso,

 

Président de la République

 

 

Introduction.

 

Dans une logique économique classique, le développement qui internalise les biens d'environnement les préserve non pas parce qu'ils ont une valeur en soi, mais afin de préserver un potentiel de consommation. Le capital est divisé en capital artificiel et capital naturel, avec substitutions lorsque telle ou telle composante du capital naturel vient à manquer.

Ces substitutions ne peuvent être efficaces, toutes choses étant égales par ailleurs, qu'en fonction du facteur d'innovation technologique : si le bien d'environnement se fait rare, seul le progrès scientifique permet de le remplacer par une composante du capital artificiel pour un coût de moins en moins élevé. La technologie a donc une place importante dans le dispositif de l'économie d'environnement.

 

1. Le marché des emplois verts.

Selon le cas, l'essor de la technologie de l'environnement en tant que créateur d'un nouveau marché porteur provient soit d'une forte demande, soit d'initiatives exercées par l'offre. Il existe un marché libéré pour la technologie de l'environnement, dans la mesure où c'est le progrès scientifique qui, par exemple, permet l'amélioration de l'exploitation de l'eau, ressource naturelle. Autre exemple, cette fois centré sur l'offre, le marché de l'automobile a vu les constructeurs faire de la non-pollution un argument de vente, au même titre que le confort intérieur, la sécurité ou les performances du moteur. Cela représente une situation où l'impératif de profit rejoint les considérations écologiques, ce qui n'est pas toujours le cas : ainsi, le recyclage, dans le cas des composantes d'automobile, n'est que rarement d'initiative privée, puisque les matériaux recyclés ne sont pas économiquement rentables pour cause de coûts trop élevés.

Le problème central de l'action politique en matière d'environnement est en effet la crainte de pénaliser les entreprises nationales en leur imposant le respect de la Nature, ceci à l'avantage d'entreprises étrangères ne faisant pas l'objet de mesures de restrictions contraignantes. C'est là toute la question du rapport entre protection de l'environnement et maintien d'une véritable compétitivité.

Au niveau macroéconomique, d'autres secteurs de l'économie participent de l'essor du facteur environnemental. La construction est concernée notamment par la mise au point de déchetteries et de bâtiments économisant l'énergie ; la mécanique et la plastique découvrent le créneau de la création de matériaux facilement récupérables et recyclables, la demande étant particulièrement forte du côté des entreprises. Sur la question de la création d'emplois, les emplois verts peuvent devenir un marché porteur, à l'unique condition que les consommateurs soient conditionnés pour " acheter vert " et que l'Etat se donne une mission d'assurer la propreté du territoire.

L'idée selon laquelle l'économie d'environnement est créatrice d'emplois doit cependant être nuancée par deux considérations : la première est que ces emplois sont concentrés dans le secteur public ; la seconde est que la préoccupation environnementale évoluant de façon inverse à la courbe de croissance, il est peu probable que le secteur environnemental soit créateur d'emplois en période de croissance ralentie.

 

II. Nationaliser la science pour servir l'économie écotopiste.

Pour mettre systématiquement la technologie au service de l'environnement, il faut pouvoir en disposer comme d'un bien collectif, de la même façon que les biens d'environnement, et non le résultat d'initiatives éclatées ne constituant pas un patrimoine commun. Une école de pensée, celle dite de la lecture institutionnaliste, observe que la pensée économique classique a longtemps négligé le facteur technologique dans l'explication de la croissance, la part de la progression de sa courbe n'étant explicable ni par le capital ni par le travail constituant le résidu de Solow.

Par la suite, cette pensée évolua en rebaptisant ce résidu comme étant le résultat d'une combinaison entre recherche et développement. Le problème posé alors est que cette conception suppose une vision linéaire, dans laquelle une impulsion isolée part de la recherche théorique vers l'application concrète en recherche pratique pour aider la production et le marché.

Or, la technologie est sélective, partant de structures existantes dotées d'un sens, cumulative, du fait d'un axe d'effort d'apprentissage, et finalisée, puisque les caractéristiques des marchés lui fixent certaines contraintes. La technologie étant systématiquement une combinaison entre connaissances et produits déjà existants qu'il s'agit de perfectionner, il est logique que les contraintes de compatibilité, de normalisation et de standardisation des nouveaux produits augmente avec l'augmentation des produits servant de base à la recherche. Chaque nouveauté s'enracine dans des modèles anciens perfectionnés par des innovations. Le contexte organisationnel de la technologie s'impose aux compétences individuelles, ce qui rend le schéma de l'économie classique inopérant. CQFD.

Par conséquent, selon la lecture institutionnaliste, il faut agir sur les procédures de sélection des technologies pour favoriser des trajectoires technologiques conformes à l'impératif de préservation de l'environnement puisque, dans le modèle de l'impulsion individuelle, les produits existants polluants ne sont que perfectionnés à la marge.

 

Conclusion.

Partant de ces considérations, une politique d'intégration du facteur technologique au rapport entre économie et environnement s'articule autour de deux grands axes : anticiper les effets des choix techniques et ajuster les normes à l'ampleur prévue des dégradations.

Anticiper les effets des choix techniques passe par la détermination précise du processus de création de la pollution. Une fois ce processus déterminé, le pouvoir politique impose au pouvoir économique de renoncer à telle ou telle technologie polluante au profit de telle ou telle technologie prouvée moins polluante. Cela suppose le remplacement des priorités économiques par des priorités environnementales en matière de détermination des priorités énergétiques et industrielles.

Ajuster les normes à l'ampleur prévue des dégradations revient à éviter, par exemple, l'erreur des pouvoirs publics focalisés sur la limitation des émissions de dioxyde de carbone, qui furent réduites drastiquement, alors que cette mesure ne suffisait pas à éviter le danger des pluies acides.

Cette politique se heurte cependant à deux blocages difficilement surmontables et implique un changement radical de la structure étatique en matière d'environnement. Les deux blocages sont, d'une part, l'impossibilité d'établir une synthèse efficace des connaissances technologiques pour cause d'éclatement des disciplines scientifiques sans effort de décloisonnement, et d'autre part, l'instrumentalisation fréquente de l'avis scientifique pour justifier un choix politique, comme lorsque la CSH décida de jouer la carte du nucléaire en n'écoutant que l'avis selon lequel le dioxyde de carbone polluait alors que le but véritable était l'acquisition d'une indépendance énergétique.

Le changement radical de structure passe par la soumission des comportements individuels aux institutions étatiques environnementales, ce qui n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes d'adaptation.

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